samedi 22 décembre 2007

Merci à tous


Nous tenons à remercier tous ceux qui ont su braver la tempête pour venir dire un dernier au revoir à notre Vincent. Il semble que celui-ci a voulu quitter en nous faisant un clin d'oeil, lui qui adore la neige. Tel que promis, nous publions le texte que Louise, la maman de Vincent, a lu lors des funérailles.


Merci encore à tous, du plus profond de notre coeur


Alain, Louise, Thierry, Vincent et Anka




Vincent



Vous savez, quand Vincent est arrivé parmi nous, il ne semblait pas être certain. Ça lui a pris quelques minutes pour se décider à respirer. Peut-être a-t-il pris un peu de temps pour réfléchir, si ce qu'il voyait lui plaisait assez pour le convaincre de rester. Mais une fois cette première bouffée d'aire entrée dans ses poumons, Vincent a sauté dans la vie à pieds joints.



Vincent adorait sa vie. Il mordait dedans avec enthousiasme et énergie. Il a toujours été un garçon heureux, actif, bourré d'idées. Il était notre petit dynamo. Il nous surprenait toujours par son énergie et sa créativité. Dans sa tête, il n'y avait aucune limite, aucune barrière. Tout faire, il voulait tout faire, et être le premier en plus.



La vie sur terre de Vincent a été courte. Il a cependant su la remplir à craquer. Sa petite enfance sur le bord du lac Waterloo, à ramasser des roches, glisser dans le parc l'hiver, faire du "bicycle à gaz" sur son tricycle. Son enfance à Plattsburgh, où il travaillait avec papa sur le terrain, faisait du vélo dans la rue, du ski à Beartown, se baignait dans le lac Champlain, du hicking dans les Adirondacks. Puis est venu l'Angleterre, où Vincent s'est complètement senti chez lui. La vie roulait à 200 mph là bas. Toutes les fins de semaines des châteaux à visiter, des activités à faire, des amis à aller voir. Une école où le sport et la musique étaient centrals. C'est là bas où il a été introduit à l'équitation, sa passion. Les voyages également, Paris, Londres, les Cornouailles, Les Alpes, la France, l'Écosse, L'Irlande, l'Allemagne, la Belgique, l'Italie. Vincent a adoré son séjour en Angleterre, ça bougeait tout le temps, c'était comme lui.



Mais le paradis sur terre, pour lui, se trouvait au bout d'un rang près de Rimouski. Une petite ferme, où il se rendait en courant pour passer ses moments les plus heureux. Le 4 roues, le ski-doo, les tracteurs, les animaux qu'il adorait, les glissades l'hiver, Gaston la chèvre, Daisy le chien, son Pipo, mon oncle Jacques,… les grands bonheurs de la vie, quoi.



Vous savez, quand nous sommes parti d'Angleterre, j'aurais pensé qu'il aurait regretté notre retour au Québec. Mais il m'a assuré plusieurs fois qu'il préférait être ici, près de la famille, près des gens qu'il aimait. Et ça aussi, c'est Vincent. Il aime les siens. Beaucoup. Et nous le montrait. Il nous connaissait si bien, il pouvait nous faire passer par toutes les couleurs des émotions, simplement par les mots. C'était lui qui décidait l'humeur de la famille. Il était si sensible. Il ne pouvait tolérer aucune forme d'injustice, pour lui ou pour autrui. Il s'assurait constamment que nous étions tous heureux et en sécurité. Les antennes toujours levées, il savait tout. Tout ce qui se passait dans la maison, et comment chacun se sentait. Il prenait soin de nous, de ceux qu'il aimait.




Vincent d'amour. On va tellement s'ennuyer de toi. On va s'ennuyer de la vie que tu mettais dans les nôtres. Je vais pleurer pour tous tes projets qu'on ne te verras pas réaliser, devenir policier dans la GRC, finir ton cavalier 2, aller au camp Ulysse faire de la plongée, aller au camp de la Cabriole, faire du ski avec tes "twin tips", le chalet à bâtir avec papa, les voyages en Egypte, Disney, Cuba, Hawaii,… la liste est tellement longue. Heureusement, on sait que tu es là, avec nous. Profite de ta liberté, tu l'as attendu pendant ces longs mois. Tu as vraiment essayé, tu as tout donné, tu t'es battu de la même façon que tu as vécue, avec force, détermination et courage. On comprend que c'était rendu beaucoup trop. Maintenant, amuse-toi. Ris de nous, et ne te gêne pas de nous jouer des tours. On essaiera d'être aussi perceptif que tu l'as été, pour voir tous les clins d'oeils que tu nous enverras. Et le moment venu, tu pourras nous accueillir avec ton exubérance habituelle… En attendant, continue à prendre soins de nous d'où tu es, comme tu le faisais si bien d'ici.




Je t'aime mon Vincent. Je t'aime plus que tout au monde. Maintenant c'est toi qui décides quand on se fait une caresse… Est-ce que je peux en avoir une?


Saint-Exupéry parle


Voici le texte que Judith, la tante de Vincent, a préparé et lu lors de ses funérailles.

Vincent, ta courte vie sur terre m’a fait pensé au petit prince. Voici pour toi ces mots de Saint-Exupéry :

Le petit prince était fatigué. Il s'assit. Je m'assis auprès de lui. Et, après un silence, il dit encore:

- Les étoiles sont belles, à cause d'une fleur que l'on ne voit pas... Le désert est beau. Ce qui embellit le désert, c'est qu'il cache un puits quelque part...

- Oui, dis-je au petit prince, qu'il s'agisse des étoiles ou du désert, ce qui fait leur beauté est invisible !

Comme le petit prince s'endormait, je le pris dans mes bras, et me remis en route. J'étais ému. Il me semblait porter un trésor fragile. Il me semblait même qu'il n'y eût rien de plus fragile sur la Terre. Je regardais, à la lumière de la lune, ce front pâle, ces yeux clos, ces mèches de cheveux qui tremblaient au vent, et je me disais: « ce que je vois là n'est qu'une écorce. Le plus important est invisible... » Et, marchant ainsi, je découvris le puits au lever du jour.

Je soulevai le seau jusqu'à ses lèvres. Il but, les yeux fermés. C'était doux comme une fête. Cette eau était bien autre chose qu'un aliment. Elle était née de la marche sous les étoiles, du chant de la poulie, de l'effort de mes bras. Elle était bonne pour le cœur, comme un cadeau.

- Les hommes de chez toi, dit le petit prince, cultivent cinq mille roses dans un même jardin... et ils n'y trouvent pas ce qu'ils cherchent… Et cependant ce qu’ils cherchent pourrait être trouvé dans une seule rose ou un peu d’eau… Mais les yeux sont aveugles. Il faut chercher avec le cœur.

J'avais défait son éternel cache-nez d'or. Je lui avais mouillé les tempes et l'avais fait boire. Et maintenant je n'osais plus rien lui demander. Il me regarda gravement et m'entoura le cou de ses bras. Je sentais battre son cœur. Il me dit :

- Aujourd’hui, je rentre chez moi… C’est bien loin… c’est bien difficile…

Et il sourit avec mélancolie. De nouveau je me sentis glacé par le sentiment de l'irréparable. Et je compris que je ne supportais pas l'idée de ne plus jamais entendre son rire. C'était pour moi comme une fontaine dans le désert.

- Petit bonhomme, je veux encore t'entendre rire...

Il me dit :

- Ce qui est important, ça ne se voit pas… C'est comme pour la fleur. Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c'est doux, la nuit, de regarder le ciel. Toutes les étoiles sont fleuries. C'est comme pour l'eau. Celle que tu m'as donnée à boire était comme une musique, à cause de la poulie et de la corde... Tu regarderas, la nuit, les étoiles. C'est trop petit chez moi pour que je te montre où se trouve la mienne. C'est mieux comme ça. Mon étoile, ça sera pour toi une des étoiles. Alors, toutes les étoiles, tu aimeras les regarder... Elles seront toutes tes amies. Et puis je vais te faire un cadeau...

Il rit encore.

- Ah! petit bonhomme, petit bonhomme j'aime entendre ce rire !

- Justement ce sera mon cadeau... ce sera comme pour l'eau... Toi, tu auras des étoiles comme personne n’en a… Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j'habiterai dans l'une d'elles, puisque je rirai dans l'une d'elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles. Tu auras, toi, des étoiles qui savent rire !

Et il rit encore.

- Et quand tu seras consolé tu seras content de m'avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois ta fenêtre, comme ça, pour le plaisir... Et tes amis seront bien étonnés de te voir rire en regardant le ciel. Alors tu leur diras: "Oui, les étoiles, ça me fait toujours rire !" Et ils te croiront fou. Je t'aurai joué un bien vilain tour... Ce sera comme si je t’avais donné, au lieu d’étoiles, des tas de petits grelots qui savent rire…

********

Cette nuit-là je ne le vis pas se mettre en route. Il s'était évadé sans bruit. Quand je réussis à le rejoindre il marchait décidé, d'un pas rapide. Il me dit seulement:

- Ah! Tu es là…

Et il me prit la main.

- Tu as eu tort. Tu auras de la peine. J’aurai l’air d’être mort et ce ne sera pas vrai… Tu comprends. C’est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-là. C’est trop lourd. Ce sera comme une vieille écorce abandonnée. Ce n’est pas triste les vieilles écorces… Ce sera gentil, tu sais. Moi aussi je regarderai les étoiles. Toutes les étoiles seront des puits avec une poulie rouillée. Toutes les étoiles me verseront à boire… Ce sera tellement amusant! Tu auras cinq cents millions de grelots, j’aurai cinq cents millions de fontaines…

Et il se tut aussi, parce qu’il pleurait…

- C’est là. Laisse-moi faire un pas tout seul.

Il n’y eut rien qu’un éclair jaune près de sa cheville. Il demeura un instant immobile. Il ne cria pas. Il tomba doucement comme tombe un arbre. Ça ne fit même pas de bruit, à cause du sable.

Vous savez, on risque de pleurer un peu si l’on s’est laissé apprivoiser.



jeudi 13 décembre 2007

le 12 décembre 2007, 00:40


Les dernières semaines ont été très difficiles pour Vincent. Après avoir perdu la capacité de manger, tranquillement Vincent avait de plus en plus de difficulté à parler. Malgré les gavages, qui lui ont redonné un peu de poids, il a continué à perdre des forces et de l'énergie. C'était beaucoup... beaucoup trop. Même pour Vincent qui a été si courageux, qui a affronté chaque défi avec entêtement et détermination. Vincent, après avoir défié si courageusement sa maladie, a rendu les armes. Il s'est éteint dans son lit, comme une chandelle qui manque d'air. Il était paisible, il était entouré de sa famille et d'amour, il n'a pas souffert, il a simplement laissé derrière lui ce corps qui lui servait de prison depuis maintenant 9 mois, pour reprendre sa liberté.

Si vous désirez dire un dernier au revoir à Vincent et nous rencontrer, vous en aurez l'occasion ce dimanche 16 décembre 2007, de 14:00 à 17:00 et de 19:00 à 22:00 au



Centre funéraire Côte-des-Neiges


Réseau Dignité


4525, chemin de la Côte-des-Neiges


Montréal 514 342-8000


Les funérailles auront lieu lundi 17 décembre 2007 à 10:00 en l'église St-Germain d'Outremont, 28 Avenue Vincent d'Indy, Outremont. Au lieu de fleurs, des dons à Leucan seraient appréciés.

Il nous fera plaisir de vous voir et de partager avec vous notre peine. Nous tenons à remercier tous ceux qui ont si formidablement pris le temps d'envoyer des cartes ou colis à Vincent. Nous ne dirons jamais assez combien ça a rendu Vincent heureux et combien il se sentait spécial avec chaque envoie qu'il recevait. Des mercis tous spéciaux à ceux qui ont organisé des moments ou événements privilégiés pour Vincent, tel les rencontres avec les policiers, les discussions avec ses artistes préférés, le spectacle de magie, etc... Merci mille fois.