Déjà 4 ans. Et pourtant...
J'ai voulu écrire à chaque 12 décembre qui est passé, sans savoir vraiment ce que je pourrais dire. Ce soir, je crois que Vincent a décidé de ce qui devait être dit.
Je suis retournée lire certains passages d'un journal que j'ai tenu pendant un certain temps. J'étalais mes états d'âmes et ça me fesait du bien. J'ai relu un passage ou je décris ce que c'est de passer une année sans Vincent, et j'ai été surprise de constater combien toutes mes pensées, mes réflexions et mes constats étaient tout aussi pertinent que lorsque je les ai écrits. Je ne sais pas si c'est rassurant ou décourageant, mais c'est certainement poignant...
"1ier octobre 2008
Je m'ennuie de ta vivacité et de ton énergie, mon Vincent d'amour. Je sens ta fête approcher. On devrait être en train de la planifier, et toi, de faire des listes de cadeaux... La douleur est causée par le fossé entre la réalité et ce qu'on croit qu'elle devrait être... Je t'aime.
Une année sans Vincent, c'est...
Écouter le silence de la maison, et pourtant entendre son rire raisonner dans chaque coin de son âme.
Regarder les photos de son sourire et avoir peur de perdre le lien avec lui.
C'est être pris dans le temps, une semaine après son départ. Comme si le temps n'avançait plus, comme s'il n'avait pas le droit d'avancer sans lui. C'est vouloir être figé à cet instant, ne jamais vouloir le laisser s'éloigner. C'est regarder derrière, impuissante, les souvenirs heureux et moins heureux, qui s'éloignent dans le paysage de la vie, pendant qu'on continue d'avancer... Et se retourner, regarder en avant en se disant qu'il est quelque part, loin devant, également. Que chaque seconde qui passe nous éloigne de lui, mais nous rapproche également. C'est ressentir l'urgent désire et la hâte d'aller le rejoindre et pourtant vouloir à tout prix rester ici pour poursuivre ce qu'on a commencé.
Une année sans Vincent, c'est une introspection... C'est la recherche d'un sens, du pourquoi. C'est une quête spirituelle pour comprendre. C'est la réalisation que prendre la chance de donner la vie, d'aimer inconditionnellement, de se donner sans compter nous met à nu, nous rend vulnérable. Mais c'est pourtant la seule façon de vivre qui nous rempli... En prenant le risque de donner la vie, on prend le risque de la perdre. Mais on n'échangerait pas une seconde de cet amour contre rien au monde. On recommencerait la douleur de la perte pour le bonheur de la vie, aussi courte soit-elle.
Une année sans Vincent, c'est écouter sa musique en pleurant, c'est sentir ses vêtements, c'est fixer le vide en se rappelant qu'il a déjà rempli cet espace de sa présence, son énergie, sa joie, sa vie...
C'est continuer de vivre, une vie remplie d'automatismes, et se sentir coupable du moindre sourire.
C'est les images d'horreurs des derniers souffles qui défilent dans son âme, imprègnées, indélébiles, qui transpercent la poitrine.
C'est vivre les extrêmes, de la panique hystérique à penser qu'on frôle la folie et que jamais on ne pourra continuer, pour ensuite être rassurée que tout a un sens qu'on comprendra bien un jour.
C'est les rêves de lui où il vient nous rassurer, nous sourire, plein d'amour dans les yeux et envoyer la main de façon non-chalante...
C'est une fête sans fêté... un gâteau auquel on ne peut ajouter de bougie, une chanson familière pleine de sanglots...
C'est des souvenirs, des instants de joie éphèmeres, empruntés au passé, le temps de se rappeler le goût du bonheur...
C'est le malaise de ceux qui t'entoure, l'intolérence aux futilités, le ménage dans les priorités, les valeurs, les relations décevantes.
C'est le retour au coeur de la vie, le besoin d'amour inconditionnel, le moment où l'on demande, où l'on prend sans se sentir endetté, où l'on se concentre sur nous, où l'on se donne le droit d'être égoïste. Le temps du bilan, le temps de souffir.
C'est de vouloir éviter à ceux qu'on aime, à ceux qui souffrent, toute autre souffrance. Être le paravent contre les déceptions, les contrariétés.
C'est être témoin de petits miracles, de savoir qu'il est là, de se le faire rappeler par ses clins d'oeil qu'il veille toujours, qu'il restera notre fils à jamais, qu'il partage nos hauts et nos bas, qu'il sera là, les bras ouverts lorsque nous seront enfin prêt à le rejoindre.
C'est d'avoir hâte de le retrouver, le temps d'un souffle, pour enfin se ressaisir et se rappeler que ce n'est pas fini.
Quelqu'un m'a expliqué que la vie est une pièce de théâtre. Chacun y a un rôle, on entre sur scène, on joue notre rôle pour ensuite sortir de scène. On reste tous plus ou moins longtemps. Pour Vincent, son rôle était court. Maintenant il est là, derrière le rideau. Il nous regarde, nous souffle des indications à l'occasion, nous fait des clins d'oeil, des coucous... Nous ne voyons certainement pas tout ce qu'il fait en arrière scène, mais nous savons qu'il est là, et c'est rassurant."
Mon Vincent, tu es toujours aussi présent, chaque minute, chaque seconde que je respire. Tu continues de faire partie de ma vie, de mon quotidien, de moi, tout autant que Thierry et Anka.
Je t'aime.
mercredi 14 décembre 2011
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